Voici un très bon papier extrait du site de Marianne www.marianne2.fr
Par Pierre Moscovici, Député (PS) du Doubs et ancien ministre. Qui estime qu'il faut réformer le Parti Socialiste. En faire un outil politique puissant, efficace et ouvert. Et vraiment démocratique.
Soulignons, d’abord, le paradoxe confondant d’un parti n’ayant de cesse de dénoncer l’omniprésence présidentielle, mais dont toute la vie interne est gangrenée par un « surmoi présidentiel ». La compétition quinquennale – évidemment incontournable – est ainsi tellement entrée dans nos mœurs que chaque sensibilité se doit de disposer en son sein d’une ou d’un camarade au destin présidentiel affiché, fantasmé ou rêvé. Convenons également de la contradiction pour le moins frappante entre un parti qui réclame avec raison une revalorisation profonde du travail parlementaire et qui, dans le même mouvement, n’accorde finalement que peu – et de moins en moins – d’attention à son propre parlement : le conseil national. Dernier exemple en date : le texte issu du « Manifesto » du Parti socialiste européen (PSE) dans la perspective des élections européennes a été adopté en toute fin d’un conseil national mené tambour battant, avant d’être soumis pour ratification aux militants, qui n’ont pas disposé de plus de deux jours pour se l’approprier – et éventuellement en débattre.
Enfin, admettons que, au-delà des beaux et séduisants discours sur le militant, fort peu de place lui a été accordée ces dernières années dans nos modes de délibération collective. Combien de jours pour les débats sur le projet socialiste, sur la réforme des statuts, sur la déclaration de principes et enfin sur le texte d’orientation pour les élections européennes ?
C’est à ces faiblesses, dont l’accumulation est paralysante, qu’il convient de s’attaquer avec vigueur, sans crainte de modifier certaines conceptions – réelles ou imaginaires – du Parti socialiste tel qu’il est. Pour ma part, je retiens trois évolutions majeures à engager : la revalorisation de nos instances représentatives, le déroulement de nos congrès, la primaire ouverte.
Nous devons d’abord nous atteler à une réforme en profondeur du conseil national du Parti socialiste. Nous ne pouvons aspirer à la revalorisation des instances parlementaires du pays et ne pas faire de même dans notre propre parti. Un conseil national doit se réunir plus longtemps qu’une petite demi-journée, sur des rapports politiques présentés par le secrétariat national, soumis à débats et amendements. Dans le même esprit, nous devons tirer toutes les conséquences du dernier congrès, qui à quelques voix près aurait pu nous conduire à une improbable cohabitation interne entre une première secrétaire élue par les militants et une majorité issue de motions qui lui auraient été hostile. Cette hypothèse doit devenir impossible. Nous pourrions modifier le déroulement d’un congrès en procédant à un vote à deux tours sur les motions. Au second tour, la motion parvenue en tête bénéficierait d’une prime majoritaire et son premier signataire deviendrait automatiquement premier secrétaire.
Reste enfin la mère de toutes les réformes du Parti socialiste : la primaire ouverte. Nombreux sont les militants et responsables à regretter, voire à dénoncer, la chape de plomb présidentialiste qui pèse sur le Parti socialiste, sans pour autant résoudre la question du leadership – qui ne se décrète pas. Il est indispensable de tirer les leçons de la fausse primaire de novembre 2006 et de l’élection houleuse de la première secrétaire après le congrès de Reims en 2008. Afin de lever les doutes ou les soupçons, la mise en place de primaires ouvertes pour désigner notre porte-drapeau n’est pas une option, mais une nécessité impérative. Terra Nova – après Thierry Mandon – a proposé plusieurs modes de déroulement. Ils doivent être soigneusement étudiés. A l’évidence, ce mode de désignation, à quelques mois de l’élection présidentielle, insufflera une réelle dynamique politique, donnera une puissante légitimité à notre candidat(e), bien supérieure à celle d’un choix opéré par un corps militant réduit. A défaut, nous risquons fort d’avoir un candidat à la présidentielle de 2012 dépourvu de vrai soutien, voire d’en avoir deux issus de nos rangs, ce qui serait un fantastique cadeau offert à Nicolas Sarkozy et à François Bayrou.
L’enjeu est à la fois simple et crucial : faire du Parti socialiste un outil politique puissant, efficace, ouvert sur la société, accessible à tous ceux qui se reconnaissent dans nos valeurs, faisant vivre en son sein une vraie démocratie. Les deux rénovations, intellectuelle et démocratique, vont de pair. C’est ainsi, et seulement ainsi, que nous pourrons, dans la perspective de la confrontation contre Nicolas Sarkozy en 2012, répondre aux aspirations des Français, si nombreux, qui désirent le changement.
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